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Bernard Kleynhoff : « L’industrie de Zola est terminée depuis longtemps »

Industriel à la tête d’entreprises basées à Caros dans les Alpes-maritimes et ancien président de la CCI Nice Côte d’Azur, Bernard Kleynhoff est aussi conseiller régional et président de la Commission Industrie, Innovation, Nouvelles technologies et Numérique de la région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il revient sur les mutations en cours dans l’industrie et sur son rôle pour accompagner le mouvement.

Industrie et numérique sont-ils désormais définitivement liés ?

B.K : Dans la réalité, l’industrie est liée au numérique depuis déjà longtemps puisqu’elle utilise des machines à commande numérique. Mais aujourd’hui, les industries manufacturières sont confrontées à quatre transitions simultanées : numérique, énergétique, sociétale et écologique. Elles doivent les mener pour préserver et développer leurs activités mais aussi pour leurs collaborateurs. Notre rôle est de les accompagner afin d’aider notre industrie à redevenir flamboyante. Sur ce chemin, nous devons veiller à garder toujours un coup d’avance.

Par essence transversales, les technologies digitales ont-elles fait tomber les barrières entre les secteurs industriels ?

B.K : C’est un fait… Prenons l’exemple des objets connectés : il faut des industries manufacturières pour les concevoir et les fabriquer et parallèlement, ces mêmes industries en ont besoin pour gagner en performance et compétitivité. L’un ne peut fonctionner sans l’autre. C’est un élément consubstantiel dans la mutation qui s’impose à l’industrie. La fabrication additive apporte une autre illustration de cette évolution liée au numérique.

Pour conduire ces transitions en même temps, l’approche inter-filières apparaît-elle la plus appropriée ?

B.K : Actuellement, que l’on aborde des mondes aussi différents que la chimie de matériaux ou les réseaux énergétiques intelligents, il faut imaginer et produire sans cesse de l’innovation pour consolider et pérenniser notre tissu industriel. Les filières de demain sont déjà des filières d’aujourd’hui. Il faut combler les retards lorsque nous en avons et rester en pointe sur nos points forts. Mon rôle n’est donc pas d’inciter à faire ceci ou cela mais, en fonction des objectifs définis par TEAM Henri-Fabre, de contribuer à ce que nous soyons collectivement efficaces pour intégrer et diffuser les bonnes pratiques sur l’ensemble du territoire et de voir comment la Région Sud peut accompagner la démarche afin qu’elle impacte le plus grand nombre d’acteurs. Par le passé, être industriel, c’était toujours un peu honteux. Mais l’industrie de Zola est terminée depuis longtemps. Nous avons à construire ensemble la 1ère smart région d’Europe.

Comment faire en sorte que les PME appréhendent bien les enjeux de ces ambitions ?

B.K : Avec les PME, c’est souvent la même chose : on va les voir pour leur parler d’international, elles affirment ne pas se sentir concernées. On veut leur parler d’intelligence économique, elles ne se disent pas concernées non plus. Or, les transitions numérique, énergétique, sociétale et écologique les impactent directement et fortement. Nous devons réussir à le leur démontrer pour les soutenir dans leur transformation.

TEAM Henri Fabre a lancé un projet avec 9 industriels sur la maintenance rapide. Tous n’ont pas une implantation industrielle sur la région. Est-ce un exemple à suivre pour rassembler sur des problématiques communes à plusieurs filières ?

B.K : Il faut même aller encore plus loin dans l’élaboration d’une offre globale. Pour devenir la 1ère smart région d’Europe, nous ne pouvons pas nous contenter d’échanger entre industriels locaux. Nous devons répondre à tous ceux qui ne sont pas encore implantés sur le territoire, trouver les maillons manquants, associer non seulement des donneurs d’ordres mais aussi leurs interlocuteurs de rang 1 ou 2, et les inciter à venir à leur tour dans notre région pour les convaincre qu’ils y trouveront un avantage compétitif sur leurs marchés.

 

— Propos recueillis par Eric Collomb —