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Rencontres Business Industrie : Concept éprouvé

Incitation à l’interdisciplinarité, familiarisation aux technologies numériques, consolidation par l’innovation… la deuxième édition des Rencontres Business Industrie autour du Projet Henri-Fabre et des technologies clefs de l’industrie du futur a manifestement trouvé son public. 

 

Depuis deux ans, les Rencontres Business Industrie, organisées conjointement en décembre par la CCI Marseille Provence et TEAM Henri-Fabre, se sont imposées comme un temps d’échanges qui permettent d’entretenir ou de mettre en contact les relations entre donneurs d’ordre et sous-traitants mais aussi de familiariser les entreprises du territoire au champ lexical de l’industrie du futur, qui n’est plus tout à fait un concept (numérisation, manufacturing avancé, innovation collaborative, impression 3 D, réalité virtuelle, fabrication additive, robotique collaborative, matériaux avancés…ont colonisé les chaînes de production) mais pas encore un état d’esprit (changement de culture de travail, agile et collaborative).

Face-à-face constructif

Au regard de l’affluence le 9 décembre, il semblerait que la formule du rendez-vous ait capté l’intérêt de ses cibles. Si l’an dernier, les thématiques étaient celles de l’ingénierie et de la mécanique industrielle, des matériaux et procédés de demain, cette édition s’est articulée autour des domaines des « essais », « mesures » et « instrumentation ». Mais le mode de la rencontre,  qui semble faire recette, était le même : un face-à-face entre les têtes de fil des grandes filières du territoire (aéronautique, naval, défense, spatial, énergies) investies dans le Projet Henri-Fabre (écosystème d’innovations mettant à disposition des entreprises les technologies de l’industrie du futur) et une quarantaine de PMI et TPI finement sélectionnés (savoir-faire différenciant, caractère transférable de leurs compétences, respect des délais) par chacun des donneurs d’ordre.

Des contacts sans intermédiaires

Pour les donneurs d’ordre, il s’agit certes de communiquer une vision à long terme des projets sur lesquels ils planchent mais surtout d’ouvrir leur portefeuille de fournisseurs aux autres, espérant ainsi inciter les PME à travailler dans une dynamique interfilières, l’idée étant que l’interdisciplinarité permet aux entreprises de consolider leurs efforts d’innovation et investissements.

Pour les entreprises sous-traitantes, l’enjeu est certes de pouvoir déceler des opportunités de façon à adresser des solutions qui soient en mesure de répondre aux problématiques (communes) de plusieurs filières mais surtout de faire valoir leurs technologies et expertises (grâce à des pitch prévus au cours de la journée).

« Cette journée est l’occasion unique de nouer des contacts sans intermédiaires, sans filtres, avec tous les pilotes des grands projets industriels et une opportunité pour diversifier son portefeuille de clients et faire du business. Car pitcher c’est bien, matcher c’est mieux », avait alors introduit Jean-Luc Chauvin, président de la CCI Marseille Provence, qui ouvrait la rencontre : seule l’innovation permet d’enrichir son offre technologique et « la diversification est un levier qui va permettre d’assurer la pérennité du tissu industriel ».

 

« La vitesse à laquelle on met une innovation sur le marché n’a pas de prix » Gérard Goninet, président de Team Henri Fabre

 

Vitesse d’une innovation, hors de prix

Et la pérennité du tissu industriel est capital pour les donneurs d’ordre régionaux, signifie Gérard Goninet, le directeur du site de Marignane d’Airbus Helicopters, qui s’exprimait avec sa casquette de président de TEAM Henri-Fabre : « C’est l’objet du Projet Henri-Fabre, qui fédère les filières industrielles du territoire et concentre compétences, outils, ressources pour faire grandir l’écosystème industriel local. Car l’accélération du monde, la différenciation nécessaire, le besoin d’avoir le coup d’avance imposent un autre tempo. La vitesse à laquelle on met une innovation sur le marché n’a pas de prix »

Sur le territoire, l’accès à ces technologies se fait sur le Technocentre Henri-Fabre, sur le Technoparc des Florides, rappellait Stéphane Magana, directeur du projet Henri-Fabre.

C’est là que se logent un ensemble de plateformes permettant l’expérimentation de solutions nouvelles dans le domaine de la mécanique, ingénierie des matériaux et procédés avancés mais c’est aussi là que les donneurs d’ordres des principales filières du territoire, partie prenante du projet, font part de leurs problématiques.

« Henri-Fabre, ce sont 200 partenariats publics et privés, 50 projets réalisés par an, 5 filières adressées, 200 entreprises impliquées dans le dispo, 2 100 m2 de technologies innovantes pour l’instant », a-t-il indiqué.

 

« Ce que l’on cherche à faire, c’est mettre en réseau les PME pour qu’elles puissent matcher leurs offres » Stéphane Magana, directeur du Projet Henri-Fabre

 

Mise en relation nécessaire

Curieusement, les interrogations émanant de la salle n’ont porté ni sur la complexité des technologies, ni sur les multiples contraintes techniques, financières, réglementaires, que tous ont pris soin de détailler mais … sur la (persistante) difficulté de la mise en relation.

« Ce n’est pas simple pour une TPE de travailler avec un donneur d’ordre et quand on arrive, c’est bien, mais ensuite il faut créer une histoire avec eux. Parfois, on sort de leur panel et on ne le sait même pas », explique un intervenant.

« Des industriels comme Valeo mettent à disposition des catalogues internes qui permettent aux équipes d’avoir une offre de services et technologies prêts à l’emploi », propose un autre. « Le catalogue ne répond pas à un critère clef. Quand vous intervenez au cœur des systèmes du CEA de Cadarache, la confiance devient essentielle », rétorque Joël Vanden Bosch, Cybernétix.

Trois contrats et 40 visites

L’an dernier, la manifestation avait permis de donner lieu à la signature d’au moins 3 contrats et déclenché une quarantaine de visites.

« Les circuits d’achats sont des processus longs et complexes que l’on ne peut pas prévoir. Ce qui est aussi important et que l’on cherche à faire, c’est mettre en réseau les PME pour qu’elles puissent matcher leurs offres », insiste Stéphane Magana.

A.D

Retrouvez en vidéo les temps forts ici

 

 

 

 

 


 

Que s’est-il dit ?

Airbus Helicopters : Environnement économique âpre

« Si l’on doit être compétitif, c’est d’abord par rapport aux concurrents », insiste Gérard Goninet. « Tout le monde a faim. Pour l’acheteur, c’est une opportunité, mais pour nous, cela demande beaucoup d’imagination pour produire mieux et moins cher tout en préservant ses marges. Cela a inévitablement des conséquences sur notre réseau ».

La dynamique interfilière, mise en œuvre au sein du Technocentre Henri-Fabre prend aussi tout son sens, au regard des alliances qui se nouent, comme celle de DCNS et d’Airbus Helicopters qui ont présenté le 20 octobre dernier dans le cadre du salon Euronaval, un projet de drone hélicoptère destiné à être embarqué sur les navires français. Les deux industriels anticipent ainsi le futur programme SDAM (Système de drone aérien tactique pour la Marine).

EDF : enjeu du grand carénage

« Il est important que la filière industrielle soit prête au vu des chantiers qui s’annoncent », pose pour sa part Jacques-Thierry Monti, délégué régional, EDF PACA, confronté à une autre problématique.

« Le territoire régional doit pouvoir répondre à l’enjeu du grand carénage : Tricastin, qui est à proximité, sera le premier chantier concerné. A la clé, il y aura entre 100 à 200 M€ de sous-traitance par an pendant plusieurs années. Mais nous avons aussi de nombreux projets dans les réseaux énergétiques intelligents (smartgrids) ou les énergies renouvelables comme l’éolien flottant ».

Pour son opération « grand carénage », nom donné par EDF à son programme de maintenance et d’amélioration de ses centrales nucléaires (l’entreprise gère 58 réacteurs en France métropolitaine), l’énergéticien a prévu d’investir, pour la période 2014 à 2025, environ 4,2 milliards d’euros par an, soit autour de 51 Md€ sur 12 ans pour prolonger la durée de vie de ses centrales tout en les rapprochant du niveau de sureté des réacteurs de 3e génération. Selon EDF, l’opération nécessitera quelque « 110 000 emplois directs et indirects », 3 000 intervenants prestataires par centrale lors des pics d’activité.

Thales Undewater Systems : rester leader mondial

« Nous, notre problématique est de rester à la pointe dans le développement des sonars sur lesquels nous sommes leaders mondiaux », assure Marc Cece, directeur Activités Antennes Acoustiques de Thales Underwater Systems, basé à Sophia Antipolis, Aubagne et Brest (1 200 personnes, CA 400 M€).

La filiale du groupe Thales et parmi les spécialistes mondiaux dans les systèmes pour la lutte sous-marine déclare acheter pour une valeur de 140 M€ en moyenne par an dont 5 à 10 M€ sur le territoire. « Il faut ajouter la valeur de la sous-traitance du groupe auprès des PME, de l’ordre du milliard d’euros ».

En novembre, le ministère de la Défense australien a confié au français Thales la modernisation des moyens de lutte sous-marine de ses six sous-marins, dans le cadre d’un contrat de gré à gré. Un premier contrat de 70 M€ vient d’entrer en vigueur. Il porte sur des études de design et la préfabrication d’une nouvelle génération de sonars, d’ici à 2018.

DNCS : Générer un chiffre d’affaires annuel de 5 Md€

DCNS, poids-lourd de l’industrie de la Défense détenu à près de 63 % par l’État et à 35 % par Thales, a également emporté un méga-contrat cette année en Australie, de 34 Md€ sur 50 ans et portant sur 12 sous-marins.

Le groupe veut, sous 10 ans, générer un chiffre d’affaires annuel de 5 Md€, contre un peu plus de 3 milliards aujourd’hui, dont plus de 50 % de son CA à l’international (moins de 30% aujourd’hui), et se diversifier dans les énergies marines.

Tout comme les grands comptes opérant dans la défense, le spécialiste des sous-marins nucléaires se heurte aux budgets publics contraints et au développement à marche forcée à l’international de ses concurrents historiques (TKMS, Damen, Fincantieri…) mais aussi émergents (les Coréens, les Chinois, les Indiens), ce qui impose des efforts de productivité et de réorganisation.

Safran Aircraft Engines : marché en effervescence

Le marché en essor – 20 000 avions attendus dans les 20 prochaines années (60 % sur les court et moyen-courriers, segment sur lequel le groupe revendique 70% à 75 % de parts de marché) -, jauge Olivier Mahias, directeur de l’établissement du centre d’essais d’Istres, Safran Aircraft Engines (moteurs pour avions civils et militaires et pour satellites, CA de 17,4 Md€), « offre beaucoup d’opportunités aux PME. Le dynamisme va profiter au territoire et notamment à Istres mais nous sommes sur des technologies complexes », prévient le dirigeant.

CNIM : Haro sur le sourcing

« On rencontre des difficultés sur certaines ressources comme le contrôle non destructif : on est en phase de sourcing sur ce sujet », pointe Vincent Dragon, directeur des achats chez CNIM. Pour étoffer son sourcing et repérer des technologies dans ses cœurs de métiers, le groupe de la Seyne (Var) prépare une grande manifestation, un exercice de « porte-ouverte » entièrement dédié à l’innovation.

Le groupe ambitionne de dépasser le statut de société exportatrice pour devenir un groupe international à la taille critique, ciblant notamment quatre segments clefs : transition énergétique (valorisation des déchets, biomasse, solaire), sécurité, défense et technologies de précision.

Cybernetix : le défi des équipements connectés

Pour Cybernetix, filiale de Technip, dont le « super robot » Maestro qui survit aux environnements extrêmes, issu de plus de dix ans de R&D avec le CEA, a capté l’intérêt des médias : « nos équipements deviennent connectés. Il faut créer des valeurs d’usage qui déborde de l’outil », note Joël Vanden Bosch, directeur du développement.